Kasindi : RN4 saturée, embouteillages chroniques et risques accrus d’accidents
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| Des gros véhicules automobiles transportant les marchandises en import-export, stationnés sur la route nationale numéro 4 (RN4) au niveau de Kasindi-Lubiriha. Ph©PZ. |
Depuis l’amplification de l’insécurité dans plusieurs zones à forte concentration économique du Nord-Kivu, le trafic commercial s’est davantage concentré au poste frontalier de Kasindi, transformant la Route Nationale n°4 (RN4), axe Beni - Kasindi, en un véritable corridor saturé. Chaque jour, des dizaines de camions chargés de marchandises d’import-export s’alignent le long de cette route transafricaine stratégique reliant la RDC à l’Ouganda, créant des embouteillages persistants dans la zone neutre jusqu’à la barrière frontalière.
Cette congestion a un impact économique direct. En moyenne, un camion de transport international immobilisé pendant 24 heures peut générer des coûts supplémentaires estimés entre 150 et 300 dollars américains, incluant le carburant consommé au ralenti, les frais de stationnement informel, la restauration de l’équipage et les pénalités liées aux retards de livraison. Si l’on considère une file journalière pouvant atteindre 80 à 120 camions en période de forte activité, les pertes cumulées peuvent dépasser 12 000 à 25 000 dollars par jour pour les opérateurs économiques. Sur un mois, cela représente plusieurs centaines de milliers de dollars absorbés par l’inefficacité logistique.
À ces pertes directes s’ajoutent les effets indirects sur les prix des biens de consommation. Les retards dans le dédouanement et la distribution augmentent les coûts de transport, lesquels sont souvent répercutés sur le consommateur final. Une hausse estimative de 3 à 7 % peut être observée sur certains produits importés lorsque les délais deviennent structurels. Cette situation fragilise le pouvoir d’achat des ménages et réduit la compétitivité des commerçants locaux.
L’absence de parkings modernes et d’infrastructures d’entreposage adaptées accentue la pression sur la RN4. Les camions en attente des formalités douanières stationnent sur la chaussée, réduisant la capacité de circulation et augmentant les risques d’accidents. Chaque accident majeur entraîne non seulement des pertes humaines et matérielles, mais également des interruptions temporaires du trafic, avec des coûts économiques additionnels difficiles à quantifier mais significatifs pour la chaîne d’approvisionnement.
Le secteur informel profite partiellement de cette concentration d’activités, notamment à travers les services de restauration, de manutention et de change, mais ces retombées restent marginales face aux pertes globales subies par les transporteurs, les importateurs et l’économie locale. L’asphyxie routière freine également l’attractivité de Kasindi comme hub commercial stratégique du Nord-Kivu.
Dans un contexte où le commerce transfrontalier constitue un pilier des recettes publiques et des échanges régionaux, l’absence d’une voie secondaire et d’espaces logistiques adaptés représente un manque à gagner structurel. L’aménagement de parkings capables d’accueillir 200 à 300 camions et la création d’aires de stockage réglementées pourraient réduire significativement les délais, améliorer la fluidité du trafic et diminuer les coûts opérationnels de 20 à 30 % selon les standards observés dans d’autres postes frontaliers modernisés.
Sans investissements rapides en infrastructures routières et logistiques, la saturation actuelle risque de s’aggraver avec l’augmentation progressive des flux commerciaux. La situation de Kasindi dépasse désormais le simple problème d’embouteillage : elle constitue un enjeu économique stratégique pour la stabilité des prix, la compétitivité régionale et la sécurité des usagers de la RN4.
Paul Zaïdi


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