RDC : Wazalendo - Gouvernement, une alliance armée aux conséquences imprévisibles (Analyse)

L'un des éléments des groupes de Wazalendo dans une rue de Goma au Nord-Kivu. Ph©.R.

Alors que les groupes dits Wazalendo occupent une place de plus en plus visible dans le dispositif sécuritaire de l’Est de la République démocratique du Congo, des voix s’élèvent pour alerter sur les risques d’une relation ambiguë entre l’État et des forces armées non institutionnelles. Une situation qui, selon certains analystes, pourrait mal se terminer si elle n’est pas strictement encadrée.

Depuis plusieurs mois, l’engagement des Wazalendo dans la lutte contre les groupes armés est présenté comme un sursaut patriotique face à l’insécurité persistante. Cependant, cette dynamique soulève une question fondamentale : jusqu’où un État responsable peut-il tolérer le port d’armes en dehors de son appareil légal et institutionnel ?

Le port d’armes, une responsabilité sacrée

Dans toute nation souveraine, le port d’armes n’est jamais un acte ordinaire. Il constitue une responsabilité sacrée, strictement réservée aux forces régulièrement constituées, formées, commandées et contrôlées par l’État. Le monopole de la violence légitime demeure l’un des piliers fondamentaux de l’autorité républicaine.

Lorsque des civils armés, même animés par un sentiment patriotique, opèrent en marge d’un commandement clair et d’un cadre juridique précis, le risque de dérapages devient inévitable.

Une leçon tirée de l’histoire

L’histoire contemporaine de nombreux États montre que les alliances circonstancielles entre gouvernements et groupes armés non étatiques finissent souvent par produire des effets contraires aux objectifs initiaux. Ce qui commence comme une solution d’urgence peut rapidement se transformer en un problème structurel de sécurité, difficile à maîtriser.


Sans discipline militaire, sans chaîne de commandement unifiée et sans mécanismes de reddition de comptes, les armes censées défendre la nation peuvent, à terme, se retourner contre elle.

Patriotisme ou fragilisation de l’État ?

Le patriotisme ne se mesure pas uniquement à la capacité de prendre les armes. Il s’exprime aussi par le respect des institutions, des lois et de l’ordre républicain. Un État fort ne délègue jamais durablement sa mission régalienne de défense à des acteurs extérieurs à son armée nationale.

À défaut d’une intégration claire, d’un désarmement progressif ou d’un encadrement rigoureux, la coexistence entre le Gouvernement et les Wazalendo pourrait devenir une source de tensions futures, voire de conflits internes.

Une urgence de clarification

Face à cette réalité, plusieurs observateurs appellent à une clarification urgente de la politique sécuritaire : soit par l’intégration encadrée de ces forces dans les structures officielles, soit par leur démobilisation effective. Toute autre option risquerait de compromettre la stabilité à long terme.

L’avenir jugera cette stratégie. Mais pour beaucoup, les signaux d’alerte sont déjà visibles.

La rédaction

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