Kasindi : l’urgence d’un centre de stockage pour sauver les agriculteurs du groupement Basongora
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| L'illustration d'un champ des cacaoyers dans le village de Thako en groupement Basongora. Ph©. PZ. |
La lutte contre la fraude transfrontalière du café et du cacao à Kasindi, dans le territoire de Beni (Nord-Kivu), met aujourd’hui en difficulté de nombreux agriculteurs locaux. En l’absence de centres de stockage agréés à proximité, la simple détention de ces produits pérennes au-delà de la commune rurale de Bulongo est assimilée à une tentative de fraude vers l’Ouganda via le poste frontalier de Kasindi.
Pour endiguer cette contrebande, le gouvernement provincial du Nord-Kivu, en collaboration avec l’Office national des produits agricoles du Congo (ONAPAC), a mis en place une Taskforce antifraude café-cacao. Celle-ci est composée d’éléments de la Police nationale congolaise (PNC), des Forces armées de la RDC (FARDC) ainsi que d’agents des services spécialisés de renseignements.
Une mesure sécuritaire aux effets collatéraux
Selon les autorités de l’état de siège, cette initiative vise à démanteler les réseaux de fraude qui causent d’importantes pertes économiques à la RDC, tout en favorisant injustement l’Ouganda, bénéficiaire de cette contrebande sur le marché international du café et du cacao.
Si la société civile, la notabilité locale et les agriculteurs saluent cette rigueur contre la fraude, ils estiment cependant que la mesure est incomplète sans la mise en place de centres de stockage officiels à Kasindi. Ces infrastructures permettraient aux producteurs du groupement Basongora d’y déposer leurs fèves de cacao et grains de café avant leur transfert légal vers les entrepôts agréés de Bulongo ou de Beni, conformément aux normes d’exportation.
Le cri d’alarme des agriculteurs et de la notabilité locale
« Je cultive le café à Kotongo depuis 27 ans et mon champ de cacao commence aussi à produire. Mais dès que je transporte ma récolte pour la faire sécher à la maison, à Lubiriha, je risque l’arrestation. On confisque mes produits et même ma moto, alors que je n’ai aucune intention d’aller en Ouganda. Les entrepôts officiels sont trop éloignés », témoigne avec indignation Muhindo Nzomya Yoshuwa, agriculteur, dans une déclaration à TAARIFA RDC.
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| Dans son champ de cacaoyers, le Pasteur Responsable de l'église protestante CECA-20 locale de Thako en groupement Basongora. Ph© PZ. |
De son côté le notable Kambale Lukendero Maurice s'est inscrit dans la logique de demander aux tenants de la parcelle du pouvoir public, de bien vouloir installer les centres de stockage des produits agricoles dans les entités agricoles du groupement Basongora.
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| Monsieur Kambale Lukendero Maurice. Notable du groupement Basongora, derrière un cacaoyer au centre de santé Kasanga à Kabarole dans le groupement Basongora. Ph©PZ. |
« En tous cas à l'allure où vont les choses, nous risquons d'asphyxier les agriculteurs du groupement Basongora si rien ne sera fait dans l'immédiat. Voyez-vous, il y a plusieurs champs de café et Cacao dans ce coin du secteur Ruwenzori et la nécessité d'obtenir un centre de stockage s'avère très essentiel pour la survie des populations qui sont incapable de quitter par exemple le village de Muramba, Kizumbura et Thako jusqu'à Bulongo pour vendre leurs produits agricoles. C'est en tous cas très compliqué pour le moment. » S'est-il exprimé.
Une zone agricole stratégique fragilisée
« Je suis agronome qualifié du groupement Basongora depuis 2003 jusqu'à nos. Chaque saison agricole dans mon germoir j'arrive à écouler facilement plus de 3000 plantules de cacao généralement pour les champs de Thako et bien d'autres agglomérations proches de Masambo. » A fait savoir pour sa part Monsieur Nzembule Agronome de formation.
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| Un agronome du groupement Basongora rencontré par le reporter de TAARIFA RDC, dans son germoir localisé dans le quartier Mapathi, cellule Kayinga à Lubiriha. Ph. ©PZ. |
Le groupement Basongora est reconnu comme une importante zone agro-pastorale, avec une croissance notable des cultures pérennes. Plusieurs observateurs dénoncent une mauvaise foi et des intérêts mesquins ayant conduit, au troisième trimestre 2025, à la fermeture de deux entrepôts locaux ; Christine Company et Bahari. Ces structures étaient pourtant essentielles à l’écoulement légal du café et du cacao produits localement.
Selon ces mêmes sources, certains réseaux de fraude impliquaient des agents de sécurité, dont plusieurs ont été arrêtés par la justice militaire à Beni. Avec la nomination du nouveau chef de bureau relais de l’ONAPAC à Kasindi Monsieur Justin Nziali Lumangabo et les instructions fermes de la Directrice du secteur de Beni, Kaswera Sivyaleghana Alphonsine, sous l’autorité de la Directrice générale Mimi Monga, la rigueur s’est accrue, rendant désormais quasi impossible le passage frauduleux de ces produits vers l’Ouganda.
Des résultats encourageants, mais des défis persistants
Cette politique s’inscrit dans la vision du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, alignée sur la lutte contre la corruption et l’impunité prônée par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Elle a permis une hausse des exportations légales de café et de cacao, un progrès salué par les forces vives de la société civile. Ces dernières estiment que si cette dynamique se poursuit, la RDC pourrait s’imposer comme l’un des principaux producteurs et exportateurs de café arabica et de cacao, grâce notamment au climat favorable des massifs du Ruwenzori.
Un plaidoyer pour l’ouverture de centres de stockage
Le groupement Basongora compte aujourd’hui plus de 150 champs de café et de cacao, répartis dans plusieurs agglomérations agricoles : Kabarole, Thako, Luseke, Lwandumbi, Kizumbura, Mumbiri, Kotongo, Ighaviro, Masambo, Kighutu, entre autres.
La notabilité locale et les acteurs de la société civile appellent l’ONAPAC à identifier officiellement ces exploitations afin de mieux évaluer la nécessité d’implanter des centres de stockage dans cette zone à fort potentiel économique du territoire de Beni.
Rappelle-le pour de nombreuses familles, l’agriculture notamment la caféiculture a permis la scolarisation des enfants, la construction de maisons et l’amélioration des conditions de vie. Aujourd’hui, en plus du café et du cacao, une nouvelle dynamique se dessine avec l’essor de la culture du macadamia, renforçant davantage le besoin d’infrastructures adaptées.
Paul Zaïdi




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