Le phénomène Wazalendo : un agent déclencheur de la “somalisation” d’une partie de la RDC — Attention, il faut que cela cesse !


Par Fabien Robert Soko Tunave

Depuis quelque temps, un nouveau phénomène armé inquiète profondément la population et les observateurs de la situation sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo : celui des Wazalendo, littéralement “patriotes” ou “résistants”. Si, au départ, ces groupes se présentaient comme des alliés des Forces Armées de la RDC (FARDC) dans la lutte contre le M23 et les autres forces négatives, ils tendent aujourd’hui à devenir une menace interne et un facteur de désordre qui risque de précipiter la “somalisation” de certaines zones du pays.

De la résistance populaire à la dérive armée

Initialement, les Wazalendo ont émergé comme un mouvement spontané de défense communautaire. Dans plusieurs territoires du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, des jeunes se sont organisés pour protéger leurs villages contre les rebelles et les envahisseurs. Leur motivation patriotique a séduit une partie de la population, qui y a vu un signe d’espoir face à la lenteur de l’État à rétablir la sécurité.

Mais au fil du temps, le manque d’encadrement, la prolifération d’armes et l’absence d’une hiérarchie claire ont transformé ce mouvement en une nébuleuse incontrôlée. Certains groupes Wazalendo imposent désormais des taxes illégales, contrôlent des routes, détiennent des civils, voire affrontent les FARDC elles-mêmes dans certaines zones. La frontière entre patriotes et miliciens devient floue, et le risque d’un éclatement anarchique du contrôle territorial grandit de jour en jour.

Les signes inquiétants d’une “somalisation”

Le terme “somalisation” désigne le processus par lequel un État perd progressivement le contrôle de son territoire, laissant la place à des factions armées locales, à des seigneurs de guerre et à une économie parallèle dominée par la violence. Malheureusement, plusieurs indices montrent que cette dérive menace aujourd’hui l’Est de la RDC :

Multiplication des groupes armés locaux, souvent au nom de la défense communautaire.

Absence d’autorité de l’État dans certaines zones rurales et minières.

Alliances changeantes entre groupes armés et certains acteurs politiques ou économiques.

Justice populaire, arrestations arbitraires et exécutions sommaires devenues fréquentes.

Exploitation illégale des ressources naturelles par des acteurs non étatiques.

Si cette dynamique n’est pas rapidement stoppée, la RDC risque de basculer dans une situation similaire à celle de la Somalie des années 1990 : un pays fragmenté, dirigé par des groupes armés concurrents, où la loi du plus fort remplace celle de la République.

L’État doit reprendre le contrôle, et vite

Face à cette dérive, le Gouvernement central et le commandement militaire doivent agir avec fermeté et discernement. Il ne s’agit pas de diaboliser tous les Wazalendo, mais de différencier les véritables patriotes de ceux qui profitent du chaos pour imposer leur loi.

Des mesures urgentes s’imposent 

1. Désarmer et réinsérer les combattants qui acceptent de déposer les armes.

2. Sanctionner sévèrement ceux qui commettent des exactions au nom du patriotisme.

3. Renforcer la présence de l’armée et de la police dans les zones libérées.

4. Relancer la gouvernance locale pour restaurer l’autorité civile et l’État de droit.

5. Sensibiliser les communautés sur les dangers du recours aux milices.

Un appel à la conscience nationale

Le patriotisme ne se manifeste pas par la détention d’une arme, mais par le respect des institutions, la protection des civils et la recherche de la paix. Ceux qui se disent “Wazalendo” doivent comprendre que leur combat n’a de valeur que s’il s’inscrit dans la légalité et la discipline nationale.

La société civile, les églises, les médias et les leaders communautaires doivent aussi jouer leur rôle de veille citoyenne pour dénoncer les abus, éduquer la jeunesse et encourager le désarmement volontaire.

Pour éviter le chaos

Le Nord-Kivu et l’Est de la RDC ont déjà trop souffert de la guerre. Le phénomène Wazalendo, s’il n’est pas maîtrisé, pourrait achever de déstabiliser cette région et transformer la République en un archipel de zones de non-droit.

Il est encore temps d’agir. L’État doit réaffirmer son autorité, et les citoyens doivent refuser la logique des armes. Car la véritable résistance, aujourd’hui, c’est de défendre la paix, la cohésion et la République.

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