RDC - Ouganda : les inégalités de traitement à la frontière de Kasindi-Mpondwe, une entrave à la cohésion sociale entre les transfrontaliers ?
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| L'ambiance du trafic transfrontalier à la frontière congolo-ougandaise de Kasindi. Ph. PZ. |
Les activités transfrontalières entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda au poste frontalier de Kasindi-Lubiriha(RDC) et Mpondwe(UGANDA), continuent de susciter des préoccupations liées aux inégalités de traitement entre les ressortissants des deux pays.
D’un côté, plusieurs observateurs notent que les citoyens ougandais exerçant des activités socio-économiques sur le sol congolais sont globalement bien accueillis, malgré certaines faits de non-reciprocité constatés, lors des mouvements de migrations. Des incompréhensions persistent autour de l’obtention des documents migratoires, avec des frais de visa jugés exorbitants.
En revanche, les Congolais qui traversent régulièrement la frontière vers l’Ouganda pour des raisons économiques, religieuses, culturelles ou sportives bénéficieraient de formalités migratoires relativement souples et moins coûteuses.
« Ces deux pays doivent faire preuve de sincérité dans l’application de leurs lois, d’autant plus qu’ils appartiennent à la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (EAC). Le problème réside dans l’applicabilité de ces lois. Du côté ougandais, la libre circulation est respectée en faveur des Congolais. Mais en RDC, dès l’entrée, les Ougandais font face à des exigences plus lourdes », explique Erick Djal-Kunga, membre de la société civile de Kasindi-Lubiriha.
Il illustre cette disparité par un exemple et poursuit: « Un chauffeur ougandais doit payer jusqu’à 50 dollars américains pour un visa en RDC, alors qu’un chauffeur congolais ne débourse qu’environ 20 000 shillings ougandais (un peu plus de 5 dollars) pour entrer en Ouganda. Cette différence est révoltante».
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| Les transfrontaliers au pont de la rivière Lubiriha dans l'espace neutre entre la RDC et l'Ouganda. Ph. PZ. |
Au-delà des coûts, d’autres obstacles compliquent la cohabitation transfrontalière. Certains ressortissants ougandais évoquent la barrière linguistique, notamment l’usage du lingala par certains agents congolais, ainsi que des tracasseries administratives et financières.
Du côté congolais, les plaintes concernent principalement les conditions de contrôle à Custom Mpondwe, surtout en cas d’absence de documents migratoires, ainsi que des propos jugés discriminatoires, parfois tenus dans des langues locales ougandaises difficilement compréhensibles pour les Congolais.
Pour Kambale Kavingula Paxcaeli, coordonnateur territorial de la société civile Nouvel Espoir du Congo (SOCINE) en territoire de Beni, la solution réside avant tout dans un changement de mentalité. « Déconstruire ces inégalités passe par la reconnaissance de la valeur de la vie humaine et par l’application d’un traitement équitable conformement aux engagements de ces deux Etats dans le cadre de l’EAC ».
Il insiste également sur la nécessité d’un comportement exemplaire de part et d’autre. « Il faut être honnêtes, justes et modèles. Les services aux frontières devaient être recyclés et renforcer la lutte contre la corruption. Cela favorisera une meilleure cohabitation entre ces deux peuples qui partagent les mêmes valeurs socioculturelles ».
Au-delà de ces analyses critiques et orientations, les agents de l’administration publique ont une autre lecture des faits.
« Ici, à la frontière congolo-ougandaise de Kasindi, nous travaillons sur ordre et conformément aux instructions de nos dirigeants et chefs hiérarchiques. Pour déconstruire les inégalités, il est nécessaire que les assujettis à nos services aient la capacité de comprendre et de s’adapter aux mesures mises en place pour assurer le bon fonctionnement », a fait savoir, sous anonymat, l’un des agents cadres de la Direction générale des douanes et accises (DGDA) au poste frontalier de Kasindi.
Au finish face à ces défis, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à une application stricte et équitable des lois, conformément aux engagements régionaux de la RDC et de l’Ouganda au sein de l’EAC. L’enjeu reste majeur, instaurer une frontière plus juste, humaine et favorable au développement des échanges transfrontaliers.
PAUL ZAÏDI


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